Je suis tellement pleine de bonheurs minuscules en ce moment, gorgée de soleil, de sève, d’oxygène, de cet élan vital qui m’avait tant manqué pendant des années, et je m’ancre dans la terre pour mieux m’étendre vers le ciel. Je me réveille le matin avec excitation à l’idée de la journée qui arrive, j’ai des idées qui fusent, des envies par milliers. Même si je suis dans une mauvaise période, depuis quelques jours, à cause d’un excès d’émotions qui auront fait trembler ma petite carcasse - bien sûr, je ne suis pas encore devenue chêne, le vent sait encore me faire trembler - je devine que ce n’est pas la vraie « moi », car j’ai la grande chance d’avoir pu la rencontrer pendant plusieurs mois, la moi virevoltante, rougissante, trépidante. Cette mauvaise passe, je l’accepte comme un processus normal, comme une mue avant de redevenir papillon. Je suis un animal étrange qui aurait besoin de changer plusieurs fois de peau, qui aurait besoin de plusieurs renaissances. Je vis au fil des cycles, des saisons, des sentiments, des émotions. La vie passe et me transforme. Je ne suis pas immuable. Mon cœur fait des montagnes russes. Je doute, je contourne les miroirs, je lève les yeux au ciel, je tourne le dos aux oiseaux. J’ai plus mal que les autres, peut-être. Je vis en dents de scie. Mais c’est pour mieux revenir. Mais c’est pour mieux ressentir. Mais c’est pour mieux devenir. Et j’accepte. Parce que je ne saurais être autrement.
“Je veux que sur ma tombe l’on inscrive: Elle s’obstina…”
— Comtesse Anna de Noailles (1876-1933) - extrait de Poèmes de l’amour - 1924
